Former un élève au permis B ne se résume pas à enchaîner des heures de conduite. Le livret d’apprentissage organise la formation en 4 compétences, de la maîtrise du véhicule sur un parking jusqu’à la conduite autonome. Encore faut-il savoir ce que contient chacune, et comment s’en servir pour piloter la progression de l’élève.
Depuis 30 ans que je forme des enseignants de la conduite, je vois la même chose : ceux qui rendent cette progression visible pour l’élève gagnent du temps. L’élève sait où il en est, ce qu’il lui reste à travailler, et pourquoi. Voici les 4 compétences du permis B, leurs 32 sous-compétences, et la façon de les faire vivre en leçon.
Les 4 compétences du permis B, issues du REMC
Depuis le 1er juillet 2014, la formation à la conduite s’appuie sur le Référentiel pour l’Éducation à une Mobilité Citoyenne (REMC), fixé par l’arrêté du 13 mai 2013. Il a remplacé le PNF de 1989 et sa pédagogie par objectifs. Le REMC est un texte général, valable de la maternelle à l’après-permis. Pour la catégorie B, il est décliné dans le livret d’apprentissage en 4 compétences et 32 sous-compétences. La fiche de précisions de la DSR le dit clairement : les compétences et sous-compétences des livrets sont issues du REMC.
Cette architecture s’inspire de la matrice GDE (Goals for Driver Education), un modèle européen qui va du maniement du véhicule jusqu’aux projets de vie du conducteur.
- C1 : Maîtriser le maniement du véhicule dans un trafic faible ou nul (9 sous-compétences, C1a à C1i)
- C2 : Appréhender la route et circuler dans des conditions normales (7 sous-compétences, C2a à C2g)
- C3 : Circuler dans des conditions difficiles et partager la route avec les autres usagers (9 sous-compétences, C3a à C3i)
- C4 : Pratiquer une conduite autonome, sûre et économique (7 sous-compétences, C4a à C4g)
Un point que beaucoup d’enseignants oublient : ces compétences ne forment pas une progression chronologique imposée. La fiche de précisions de la DSR le confirme : l’ordre dans lequel on traite les sous-compétences est laissé à l’appréciation et à l’initiative de l’enseignant. Les lettres C1a, C1b, etc. servent à se repérer, pas à fixer un ordre. L’ordre C1, C2, C3, C4 reste une trame logique, mais c’est vous qui construisez le parcours de chaque élève.
Compétence 1 : poser les bases de la maîtrise du véhicule
C’est le point de départ. L’élève découvre le véhicule, ses commandes, et apprend à le manœuvrer sans la pression de la circulation. Dans le GECASER B, je résume l’enjeu en deux définitions : maîtriser le maniement du véhicule, c’est un apprentissage d’automatismes ; un trafic faible ou nul, c’est la piste, le parking ou des rues plutôt calmes. Une C1 mal installée ressort plus tard, quand l’élève doit regarder la route et non plus ses pieds.
Les 9 sous-compétences C1
| Code | Sous-compétence | Points clés pour l’enseignant |
|---|---|---|
| C1a | Connaître les principaux organes et commandes du véhicule, effectuer des vérifications intérieures et extérieures | Vérifications intérieures et extérieures |
| C1b | Entrer, s’installer au poste de conduite et en sortir | Réglages du siège et des rétroviseurs, ceinture |
| C1c | Tenir, tourner le volant et maintenir la trajectoire | Placement des mains, trajectoire |
| C1d | Démarrer et s’arrêter | Démarrer sans caler, arrêt à l’endroit voulu |
| C1e | Doser l’accélération et le freinage à diverses allures | Souplesse, dosage |
| C1f | Utiliser la boîte de vitesses | Rapport adapté, sans regarder le levier |
| C1g | Diriger la voiture en avant en ligne droite et en courbe en adaptant allure et trajectoire | Regard porté loin |
| C1h | Regarder autour de soi et avertir | Contrôles, avertissement des autres usagers |
| C1i | Effectuer une marche arrière et un demi-tour en sécurité | Contrôles avant et pendant la manœuvre |

La durée de cette phase dépend de l’élève. L’évaluation de départ, qui dure une heure, sert justement à situer son niveau et à proposer un volume de formation adapté.
Compétence 2 : circuler en conditions normales
Une fois les gestes de base acquis, l’élève passe à la circulation réelle, surtout en agglomération. Le mot « appréhender » trompe souvent les élèves. Dans le GECASER B, je le précise ainsi : « il ne s’agit pas d’appréhender au sens de craindre, mais au sens de faire une lecture de la route en s’aidant des indices pertinents ». C’est toute la C2 : apprendre à lire la route.
Les 7 sous-compétences C2
- C2a : Rechercher la signalisation, les indices utiles et en tenir compte
- C2b : Positionner le véhicule sur la chaussée et choisir la voie de circulation
- C2c : Adapter l’allure aux situations
- C2d : Détecter, identifier et franchir les intersections suivant le régime de priorité
- C2e : Tourner à droite et à gauche en agglomération
- C2f : Franchir les ronds-points et les carrefours à sens giratoire
- C2g : S’arrêter et stationner en épi, en bataille et en créneau
Le passage de C1 à C2 est un moment charnière : l’élève quitte la piste pour affronter le trafic. La conduite commentée est précieuse à cette étape. Elle oblige l’élève à dire ce qu’il voit et ce qu’il décide, et elle vous montre comment il raisonne.
Le GECASER, votre allié au quotidien : toutes les trames pédagogiques, grilles d’évaluation et fiches pratiques pour structurer vos cours. Commander le GECASER B →
Compétence 3 : conditions difficiles et partage de la route
La C3 marque un saut. Le GECASER B en donne le périmètre : les conditions difficiles, ce sont la circulation rapide, la circulation dense, la circulation en files, la nuit, les intempéries et la montagne. Partager la route, c’est prendre en compte les autres usagers, en particulier les plus fragiles.
Les 9 sous-compétences C3
- C3a : Évaluer et maintenir les distances de sécurité
- C3b : Croiser, dépasser, être dépassé
- C3c : Passer des virages et conduire en déclivité
- C3d : Connaître les caractéristiques des autres usagers et savoir se comporter à leur égard avec respect et courtoisie
- C3e : S’insérer, circuler et sortir d’une voie rapide
- C3f : Conduire dans une file de véhicules et dans une circulation dense
- C3g : Connaître les règles relatives à la circulation inter-files des motocycles et savoir en tenir compte
- C3h : Conduire quand l’adhérence et la visibilité sont réduites
- C3i : Conduire à l’abord et dans la traversée d’ouvrages routiers tels que les tunnels et les ponts

La C3 est souvent sous-estimée dans les plannings. Pourtant, c’est là que se construit la capacité d’adaptation. Mon conseil : exposez l’élève à ces conditions pendant la formation, au lieu de les éviter. Quand la météo ne s’y prête pas, la C3h peut au moins se travailler par des questions, et le GECASER B le prévoit dans son bilan de la compétence 3.
Compétence 4 : vers l’autonomie et la conduite responsable
La C4 est l’aboutissement du parcours. Le GECASER B la définit en trois mots. Autonome : l’élève s’adapte seul aux situations et fait ses choix sans être guidé. Sûre : la sécurité se voit dans l’allure, la position sur la chaussée et le regard anticipé. Économique : l’écoconduite fait partie de la conduite apaisée.
Les 7 sous-compétences C4
- C4a : Suivre un itinéraire de manière autonome
- C4b : Préparer et effectuer un voyage longue distance en autonomie
- C4c : Connaître les principaux facteurs de risque au volant et les recommandations à appliquer
- C4d : Connaître les comportements à adopter en cas d’accident : protéger, alerter, secourir
- C4e : Faire l’expérience des aides à la conduite du véhicule (régulateur, limiteur de vitesse, ABS, aides à la navigation)
- C4f : Avoir des notions sur l’entretien, le dépannage et les situations d’urgence
- C4g : Pratiquer l’écoconduite
La C4 intègre les dimensions comportementales et citoyennes. Les facteurs de risque (C4c) et le comportement en cas d’accident (C4d) rejoignent les thèmes des actions de sensibilisation que prépare le CCP2 du Titre Pro ECSR.
Évaluer la progression : bilans et livret d’apprentissage
Le livret d’apprentissage est obligatoire pendant toute la formation au permis B (arrêté du 29 juillet 2013 relatif au livret d’apprentissage de la catégorie B). Il accompagne l’élève du premier jour jusqu’à l’examen. Pour vous, c’est bien plus qu’un document administratif : c’est l’outil de suivi pédagogique principal.
Le texte ne vous impose pas de barème. La fiche de précisions de la DSR est claire : la détermination des critères d’évaluation et d’acquisition des compétences relève de la liberté pédagogique des professionnels. C’est donc à vous de fixer vos repères.
Dans le GECASER B, je propose un bilan à la fin de chaque compétence. Rien ne l’impose dans le REMC, mais ce bilan est « un acte de formation important » : il donne à l’élève un repère concret sur sa progression et l’habitue au stress de l’évaluation. La durée augmente avec le niveau :
| Bilan | Durée indicative | Cadre |
|---|---|---|
| Compétence 1 | Une dizaine de minutes | Terrain où le trafic est faible ou nul, l’élève commente ce qu’il fait |
| Compétence 2 | Une quinzaine de minutes | Route ou agglomération, conditions normales, l’élève commente les indices perçus |
| Compétence 3 | Une vingtaine de minutes | En et hors agglomération dense, trafic plutôt difficile |
| Compétence 4 | Une trentaine de minutes | Itinéraire préparé à l’avance, suivi de manière autonome |
Le bilan de la compétence 4 est en principe le dernier avant le bilan de compétences avec l’examinateur, ou avant le rendez-vous préalable si l’élève suit la conduite accompagnée. Un livret bien tenu sert aussi à :
- Assurer la continuité entre plusieurs enseignants, un cas fréquent en auto-école
- Montrer à l’élève sa progression concrète, compétence par compétence
- Noter les difficultés qui reviennent pour adapter les séances suivantes
- Justifier le volume d’heures auprès de l’élève et de sa famille
Comment structurer la progression en pratique
Structurer la progression ne veut pas dire avancer mécaniquement de C1 à C4. Voici les principes que j’applique et que je transmets aux enseignants que je forme.
Faire chevaucher les compétences
Les compétences ne sont pas des blocs étanches. Un élève peut travailler la C2 tout en consolidant certaines sous-compétences de C1, comme la tenue du volant. Dans le GECASER B, je rappelle que les intersections (C2d) peuvent être travaillées très tôt, dans une progression personnalisée. L’important est que le socle soit solide avant d’aller vers des situations plus exigeantes.
Développer l’auto-évaluation de l’élève
Le REMC insiste sur la capacité de l’élève à s’auto-évaluer, c’est-à-dire à réfléchir sur son propre comportement et sur ce qui l’influence. C’est pour cela que chaque sous-compétence du GECASER B est traitée en 7 rubriques : Pourquoi, Comment, Risques, Influences, Pressions, Évaluations et Commentaire pédagogique. À chaque fin de séance, demandez à l’élève : « Sur quoi as-tu progressé ? Qu’est-ce qui reste difficile ? » Cette habitude lui servira bien au-delà du permis.
Placer des séances bilans
Prévoyez une séance bilan entre chaque grande compétence. C’est le moment de remplir le livret, de valider les acquis et de fixer les objectifs suivants. Mélangez les sous-compétences dans un même exercice : c’est plus proche de la conduite réelle. Les élèves qui savent où ils en sont restent plus motivés. Pour construire ces séances, la trame de pédagogie sur véhicule donne une structure utile.
Ce que l’examen pratique évalue vraiment
Attention à une confusion fréquente : la grille de l’examen ne reprend pas les 4 compétences du livret. L’épreuve pratique est un bilan de compétences défini par l’arrêté du 19 février 2010. Elle dure 32 minutes, dont au moins 25 minutes de conduite effective. L’examinateur note :
- 9 compétences réparties en 3 blocs : connaître et maîtriser son véhicule, appréhender la route, partager la route avec les autres usagers (0 à 3 points chacune, 0 à 2 pour l’installation)
- 3 compétences d’autonomie et de conscience du risque (0 à 1 point chacune), dont la conduite autonome d’environ 5 minutes
- La courtoisie au volant et la conduite économique (1 point chacune)
Le total maximal est de 31 points. Pour être reçu, il faut au moins 20 points sans erreur éliminatoire. L’épreuve comprend aussi deux manœuvres (un freinage pour s’arrêter avec précision et une marche arrière), la vérification d’un élément technique à l’intérieur ou à l’extérieur du véhicule, une question de sécurité routière et une question de premiers secours. Vous retrouvez donc la C1 dans les vérifications et la C4 dans la conduite autonome et les premiers secours.
Un élève dont le parcours a été structuré, avec des bilans clairs, aborde l’examen plus serein. Il sait ce qu’il sait faire. Et vous pouvez le présenter en vous appuyant sur des repères concrets. Pour la façon dont ces compétences sont mises en œuvre dans la formation des enseignants, consultez la page sur le CCP1 du Titre Pro ECSR.
Retrouvez toutes les trames pédagogiques dans le GECASER : le guide de référence conçu par Denis Dugué, utilisé dans les centres de formation et par les enseignants en poste. Fiches pratiques, grilles d’évaluation, exercices types. Commander le GECASER →






