REMC : le référentiel qui structure la formation à la conduite depuis 2014

Denis Dugué

Depuis le 1er juillet 2014, le REMC (Référentiel pour l’Éducation à une Mobilité Citoyenne) a remplacé le PNF (Programme National de Formation) qui encadrait l’apprentissage de la conduite depuis 1989. Ce changement de référentiel modifie en profondeur la manière dont les enseignants de la conduite forment leurs élèves. En 30 ans de BAFM, j’ai vécu cette transition de l’intérieur : le passage d’une pédagogie par objectifs à une approche par compétences a transformé notre métier.

Le REMC n’est pas un simple programme actualisé. C’est un cadre éducatif global qui intègre les dernières recherches européennes en sécurité routière, notamment la matrice GDE (Goals for Driver Education). Il concerne tous les acteurs de l’éducation routière, des enseignants en auto-école aux formateurs qui préparent le Titre Professionnel ECSR.

Du PNF au REMC : pourquoi changer de référentiel ?

Le PNF de 1989 reposait sur une liste d’objectifs de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. Cette pédagogie par objectifs (PPO) avait ses mérites, mais elle ne permettait pas d’aborder les situations complexes de conduite que rencontrent les jeunes conducteurs. Le taux d’accidents des 18-25 ans restait préoccupant malgré les efforts de formation.

L’arrêté du 13 mai 2013 a instauré le REMC pour répondre à cette limite. Le nouveau référentiel s’appuie sur l’approche par compétences (APC), qui ajoute une dimension essentielle : la capacité de l’élève à réfléchir sur son propre comportement. On ne se contente plus de vérifier qu’un élève sait faire un créneau. On cherche à ce qu’il comprenne pourquoi il adopte tel ou tel comportement au volant, ce qui l’influence, ce qui le pousse à prendre des risques.

Cette évolution s’inscrit dans un cadre européen plus large. Plusieurs pays avaient déjà amélioré leur système de formation sur le modèle de la matrice GDE, avec des résultats mesurables sur la baisse de l’accidentalité.

Les 8 enjeux éducatifs du REMC

Le référentiel identifie huit grands enjeux de sécurité routière qui orientent l’ensemble de la démarche éducative :

  1. L’accidentalité des jeunes de 14 à 25 ans : cette tranche d’âge reste surreprésentée dans les statistiques d’accidents graves
  2. L’accidentalité liée aux deux-roues motorisés : un risque spécifique qui nécessite une formation adaptée
  3. La sécurité des usagers vulnérables : piétons, cyclistes, personnes à mobilité réduite
  4. La lutte contre les substances psychoactives : alcool, stupéfiants et leur impact sur la conduite
  5. La poursuite de la baisse des vitesses moyennes : un facteur déterminant dans la gravité des accidents
  6. La mobilité durable et citoyenne : éco-conduite, covoiturage, transports alternatifs
  7. Le risque routier professionnel : première cause de mortalité au travail
  8. Le vieillissement de la population : adaptation de la conduite aux capacités qui évoluent

Ces enjeux ne sont pas de simples thèmes à aborder en cours de code. Ils structurent l’ensemble de la formation, du premier cours en salle jusqu’aux dernières heures de conduite. Un enseignant formé au CCP1 du Titre Pro ECSR apprend à les intégrer naturellement dans chaque séance.

Les 4 compétences du REMC

Le REMC s’organise autour de quatre compétences globales. Chaque compétence couvre un aspect essentiel de la conduite responsable.

Compétence 1 : Assumer personnellement ses responsabilités citoyennes, juridiques et sociales

Cette première compétence va au-delà de la simple connaissance du code de la route. L’élève doit comprendre le pourquoi de la réglementation, pas seulement l’appliquer. Il prend conscience des facteurs qui agissent sur son niveau de risque et apprend à tenir compte de ses propres capacités et limites.

Compétence 2 : Utiliser un véhicule à moteur rationnellement et en sécurité

Le conducteur doit savoir déplacer le véhicule en situation normale et complexe, en partant toujours de la compréhension des risques. Cette compétence intègre les dimensions physiologiques, psychologiques et sociales du comportement au volant.

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Compétence 3 : Préparer ses trajets et conduire le véhicule de façon autonome dans les situations de circulation simples ou complexes

Cette compétence prépare l’élève aux situations moins courantes mais potentiellement dangereuses. La visibilité réduite, les conditions atmosphériques dégradées, les voies rapides ou les zones urbaines denses demandent des capacités d’adaptation que l’enseignant doit construire progressivement.

Compétence 4 : Prendre en compte les facteurs entraînant une dégradation du système homme-véhicule-environnement, prendre les décisions qui permettent d’y faire face, mettre en oeuvre les mesures préventives

La dernière compétence vise l’autonomie du conducteur face aux facteurs de dégradation du système homme-véhicule-environnement. Elle aborde les sujets sensibles : substances psychoactives, facteurs psychologiques et sociaux, état du véhicule, gestion de panne ou d’accident, anticipation, conduite économique et mobilité durable.

REMC et approche par compétences : ce que ça change pour l’enseignant

Avec le PNF, un enseignant cochait des objectifs atteints. L’élève savait faire un demi-tour ? Objectif validé, on passait au suivant. Le REMC impose une vision plus large. Une compétence n’est pas un geste technique isolé : c’est, selon la définition retenue par le référentiel, « la mobilisation ou l’activation de plusieurs savoirs, dans une situation et un contexte donnés » (Le Boterf, 1995).

En pratique, cela signifie que l’enseignant doit travailler simultanément sur plusieurs dimensions :

  • Les savoirs (connaissances théoriques) et les savoir-faire (gestes techniques) hérités de la PPO
  • Les savoir-être : attitudes, comportements, respect des règles et des autres
  • Les savoir-mobiliser : capacité à adapter ses connaissances à des situations variées
  • Les savoir-devenir : projection dans son futur de conducteur, prise de conscience de ses évolutions

Le REMC au coeur de la formation Titre Pro ECSR

Le REMC n’est pas qu’un document théorique pour les candidats au Titre Professionnel ECSR. C’est le cadre dans lequel ils vont exercer leur métier au quotidien. Les deux CCP (Certificats de Compétences Professionnelles) du diplôme y font directement référence :

  • Le CCP1 forme à la construction et à l’animation de séances individuelles et collectives de formation. L’enseignant apprend à concevoir des cours en salle et en véhicule, en utilisant les méthodes actives recommandées par le référentiel.
  • Le CCP2 prépare à l’animation de séances de sensibilisation pour l’ensemble des usagers de la route.

Lors de l’examen, le jury évalue la capacité du candidat à s’appuyer sur le REMC pour structurer ses séances. Un enseignant qui se contente d’appliquer mécaniquement une progression d’objectifs, sans intégrer les dimensions comportementales du référentiel, ne répond pas aux attentes.

Le livret d’apprentissage et l’évaluation dans le cadre du REMC

Le livret d’apprentissage conforme au REMC organise la progression de l’élève autour des 4 compétences. Chaque sous-compétence fait l’objet d’une double évaluation : l’auto-contrôle (l’élève vérifie qu’il maîtrise les savoirs et savoir-faire requis) et l’auto-évaluation (l’élève analyse ses propres comportements, identifie ce qui l’influence).

Cette distinction est fondamentale. L’auto-contrôle relève des niveaux inférieurs de la matrice GDE (maîtrise du véhicule, gestion des situations de circulation). L’auto-évaluation touche aux niveaux supérieurs : projets de vie, valeurs personnelles, connaissance de soi, maîtrise de ses émotions, résistance à la frustration.

L’enseignant qui accompagne cette démarche doit lui-même avoir une bonne connaissance de ces niveaux. C’est pourquoi la formation au Titre Pro ECSR inclut des modules de psychologie, de gestion de groupe et de communication qui n’existaient pas dans l’ancien BEPECASER.

REMC et méthodes pédagogiques : quelles pratiques en véhicule ?

Le REMC recommande les méthodes actives pour aborder les niveaux supérieurs de la matrice GDE. En salle, la discussion, le débat, les jeux de rôle et les simulations de situations avec retours d’expérience fonctionnent bien. En pédagogie véhicule, c’est plus délicat dans un cadre individuel.

Les voyages-école offrent une solution intéressante : en regroupant plusieurs élèves dans un véhicule, on peut confronter les points de vue, provoquer des prises de conscience par l’observation mutuelle. Un élève qui commente la conduite d’un autre mobilise des compétences d’analyse qu’il retourne ensuite sur sa propre pratique.

Pour les candidats qui souhaitent devenir enseignant(e) de la conduite, la maîtrise de ces techniques pédagogiques est évaluée lors de l’examen du Titre Pro ECSR. Le jury observe la capacité du candidat à créer les conditions d’un apprentissage actif, pas seulement à transmettre des consignes techniques.

 

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denis dugué

Expert en formation à la conduite, j’ai conçu et rédigé plusieurs manuels de référence, dont le GECASER B et le GECASER 2 Roues, et contribué aux questions officielles du code de la route. Fondateur d’Activ Permis, j’ai développé des DVD et un site d’apprentissage en ligne : le code en ligne. J’ai collaboré avec les grands éditeurs (Codes Rousseau, Ediser, ENPC) et participé aux réformes de la formation avec le ministère des Transports. Formateur de moniteurs pour toutes catégories de véhicules, j’ai aussi mené des campagnes de sécurité routière.

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