L’action de sensibilisation à la sécurité routière est au cœur du CCP2 du Titre Professionnel ECSR. Vous la menez pendant votre période en entreprise, devant un vrai public, pour un vrai commanditaire. Puis vous la présentez à l’examen. Cet article porte sur l’action elle-même : choisir le thème, la construire, l’animer et mesurer ce que le groupe a retenu.
En 10 ans de formation d’enseignants dans le cadre du titre pro ECSR, j’ai vu beaucoup d’actions de sensibilisation. Celles qui fonctionnent ont un point commun : elles s’appuient sur des faits, pas sur la morale. Voici comment préparer la vôtre.
Ce qu’est une action de sensibilisation dans le TP ECSR
Le Titre Professionnel ECSR compte deux blocs. Le CCP1 forme les apprenants conducteurs, en salle et en véhicule. Le CCP2 s’intitule « Sensibiliser l’ensemble des usagers de la route à l’adoption de comportements sûrs et respectueux de l’environnement ». Ici, vous n’enseignez pas à passer les vitesses ou à négocier un giratoire. Vous amenez un groupe à prendre conscience des risques et à changer ses comportements.
La fiche RNCP 41862 retient quatre compétences pour ce bloc :
- Analyser une demande relative à une prestation de sensibilisation
- Construire et préparer une action de sensibilisation
- Animer une séance de sensibilisation à la sécurité routière, au respect des usagers et de l’environnement
- Analyser ses pratiques professionnelles afin de les faire évoluer
Le point de départ est donc une demande. En pratique, cette demande sera plutôt une proposition de la part du ou de la stagiaire. Une entreprise, un collège, une association ou une auto-école vous sollicite. Le référentiel cite des publics variés : enfants et adolescents dans les établissements scolaires, conducteurs novices et expérimentés, salariés d’entreprise, particuliers. Le même thème ne se traite pas de la même façon devant des collégiens et devant des chauffeurs-livreurs.
Pour le contenu, la fiche RNCP demande de vous conformer au REMC, le référentiel pour l’éducation à une mobilité citoyenne. La sous-compétence C4c, « Connaître les principaux facteurs de risque au volant et les recommandations à appliquer », est une mine pour la sensibilisation. Le GECASER B la détaille avec ses chiffres, ses sanctions et des questions pour lancer le débat.
Choisir un thème qui répond à la demande
Le thème découle de la demande du commanditaire et du public. Une entreprise dont les salariés roulent beaucoup ne vous demandera pas la même chose qu’un lycée avant les vacances d’été. Voici les facteurs de risque le plus souvent traités, avec les chiffres du dernier bilan de l’ONISR (Observatoire national interministériel de la sécurité routière), qui porte sur 2025.
Vitesse excessive ou inadaptée
C’est le premier facteur relevé chez les présumés responsables d’accidents mortels : 29 % d’entre eux en 2025. La vitesse déclenche l’accident et aggrave ses conséquences. Le GECASER B donne un calcul qui fait réfléchir : à 140 km/h au lieu de 130 km/h, on ne « gagne » que 7 minutes sur les 221 km entre Paris et Lille.
Alcool et conduite
L’alcool est relevé chez 22 % des présumés responsables d’accidents mortels. Parmi les personnes tuées dont l’alcoolémie est connue, 29 % l’ont été dans un accident avec alcool. Selon l’étude ActuSAM de l’ONISR, un conducteur alcoolisé multiplie en moyenne par 17,8 son risque d’être responsable d’un accident mortel. Beaucoup d’idées fausses circulent sur les moyens de « faire baisser » son alcoolémie : c’est un bon angle pour lancer le débat.
Stupéfiants et conduite
Les stupéfiants sont relevés chez 13 % des présumés responsables d’accidents mortels. Toujours selon ActuSAM, le cannabis multiplie par 1,65 le risque d’être responsable d’un accident mortel. Associé à l’alcool, ce risque est multiplié par 29. En 2025, 39 % des décès sur la route surviennent dans un accident où au moins un conducteur est sous l’emprise d’alcool, de stupéfiants ou des deux. Un thème qui parle aux jeunes publics.
Inattention et téléphone
L’inattention est relevée chez 14 % des présumés responsables d’accidents mortels. Selon la Sécurité routière, près d’un accident corporel sur dix serait lié à l’usage du téléphone en conduisant. Tenir son téléphone en main au volant coûte 135 € d’amende et 3 points. Si une autre infraction est commise en même temps, le permis peut être retenu sur place. Ce thème parle à tous les publics.
Fatigue et malaise
Entre 2020 et 2025, 15 % des accidents mortels font apparaître un malaise ou une somnolence. Le malaise touche surtout les conducteurs âgés : il concerne 38 % des automobilistes de plus de 64 ans tués en 2025. Apprenez au groupe à repérer les signes que le GECASER B décrit : paupières lourdes, bâillements, douleurs dans le dos ou la nuque, besoin de changer de position.
Médicaments et conduite
Selon l’ONISR, près de 3 % des accidents seraient dus aux médicaments entre 2013 et 2022. Un tiers des médicaments vendus présentent un risque pour la conduite. Les pictogrammes jaune, orange et rouge (niveaux 1, 2 et 3) sont souvent mal connus. Le GECASER B propose d’apporter de vraies boîtes de médicaments : c’est un bon support d’atelier, surtout avec un public de seniors.
Le GECASER, votre allié au quotidien : toutes les trames pédagogiques, grilles d’évaluation et fiches pratiques pour structurer vos cours. Commander le GECASER B →
Construire l’action : objectifs, public et supports
Une action réussie se joue avant d’entrer dans la salle. La préparation suit le même ordre que les compétences du référentiel : analyser la demande, puis construire la réponse.
Analyser la demande. Qui vous sollicite, pour quel public, avec quel objectif ? Notez la demande telle qu’elle a été formulée, la date, le contexte. Cette analyse servira aussi le jour de l’examen : les évaluateurs vous questionnent sur elle.
Définir les objectifs pédagogiques. Que voulez-vous que les participants retiennent ? Formulez 2 ou 3 objectifs précis et vérifiables. Exemple : « À l’issue de l’intervention, les participants sauront reconnaître les signes de fatigue au volant et connaîtront les gestes à adopter. »
Connaître votre public. Un groupe de lycéens ne réagit pas comme des salariés d’entreprise. Adaptez le vocabulaire, les exemples et le niveau de détail. Avec les jeunes, les témoignages et les mises en situation fonctionnent mieux que les textes réglementaires.
Rassembler des données sourcées. Appuyez-vous sur le bilan annuel de l’ONISR, les publications de la Sécurité routière et, quand c’est possible, les chiffres de votre département. Notez la source et l’année de chaque chiffre.
Préparer les supports. Diaporama, vidéos courtes, objets à manipuler (lunettes de simulation d’alcoolémie, boîtes de médicaments avec leur pictogramme). Prévoyez un plan B si le matériel tombe en panne.
Animer la séance : des faits, pas de la morale
Votre posture, la gestion du groupe et votre capacité à faire parler les participants comptent autant que le contenu.
Accueillir et poser le cadre. Présentez-vous, expliquez pourquoi vous êtes là et ce que vous allez faire ensemble. Posez une question ouverte pour faire émerger ce que le groupe pense déjà : « Selon vous, quel est le premier facteur des accidents mortels en France ? » La réponse surprend souvent : c’est la vitesse, devant l’alcool.
Présenter les faits, pas la morale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Évitez le discours du type « il ne faut pas boire ». Montrez plutôt ce que l’alcool change concrètement : perception modifiée, temps de réaction plus long, prise de risque plus forte.
Faire participer. Jeux de rôle, débats, questionnaires, travail en petits groupes. La matrice GDE et ses 5 niveaux rappelle qu’on ne change pas un comportement avec la seule technique. Il faut toucher aux motivations : pourquoi je prends ce risque, sous quelle pression, avec quels amis.
Tenir le temps. Prévoyez une durée pour chaque partie et gardez la plus large place aux échanges. Un apport théorique trop long fait décrocher le groupe.
Mesurer ce que le groupe a retenu
L’évaluation boucle la démarche. Ne vous contentez pas de « faire votre présentation » : vérifiez ce que les participants ont retenu.
- Quiz rapide : quelques questions vrai/faux sur les points clés
- Tour de table : chaque participant cite une chose qu’il retient
- Engagement personnel : chacun formule un changement concret dans sa conduite
- Questionnaire de satisfaction : pour juger la qualité de l’animation et l’intérêt du contenu
Gardez ces retours. Ils nourrissent l’analyse de votre pratique, la quatrième compétence du bloc.
Exemple : une heure sur les distractions au volant
Pour illustrer la méthode, voici le déroulement d’une action type.
Public : 8 personnes titulaires du permis de conduire.
Durée : 1 heure.
Objectif : les participants repèrent 3 situations de distraction au volant et connaissent leurs effets sur la distance parcourue sans regarder la route.
Déroulement :
- Accroche (5 min) : une vidéo de campagne de la Sécurité routière sur le téléphone au volant. Question : « Combien de mètres parcourez-vous à 50 km/h en quittant la route des yeux 5 secondes ? » Réponse : près de 70 mètres.
- Apport factuel (15 min) : les chiffres de l’ONISR sur l’inattention, près d’un accident corporel sur dix lié au téléphone, les sanctions (135 €, 3 points, rétention possible du permis si une autre infraction est commise en même temps).
- Atelier (25 min) : en binômes, les participants listent toutes les sources de distraction au volant (téléphone, GPS, passagers, nourriture, radio…). Mise en commun, classement par niveau de risque, discussion sur les solutions concrètes.
- Synthèse et engagement (10 min) : chaque participant formule un engagement personnel. Quiz de 5 questions. Remise d’un mémo à garder dans la voiture.
- Bilan (5 min) : tour de table et questionnaire de satisfaction.
Ces cinq temps suivent la logique d’une pédagogie active : capter l’attention, informer, faire participer, ancrer les acquis, évaluer. Si le commanditaire le souhaite, vous pouvez prolonger sur l’écoconduite et son enseignement : le CCP2 vise aussi des comportements respectueux de l’environnement.
Présenter son action à l’examen du CCP2
À l’examen, les évaluateurs n’assistent pas à votre action : vous l’avez déjà menée en entreprise. Vous la leur présentez. L’épreuve dure 1 h selon la fiche RNCP 41862 :
| Épreuve | Durée | Contenu |
|---|---|---|
| Présentation d’un projet réalisé en amont | 30 min | Vous présentez oralement votre action, à partir d’un support numérique projetable |
| Questionnement à partir de productions | 30 min | Questions sur le document qui présente votre analyse de la demande et votre réponse |
Pour cette session, l’arrêté du 26 janvier 2021 vous demande d’apporter deux documents prévus par le référentiel d’évaluation. Le détail du document d’analyse et du diaporama est sur la page consacrée au CCP2. Le déroulé complet de la session est sur la page examen du Titre Pro ECSR.
Quelques conseils, tirés des candidats que j’ai accompagnés :
Ne récitez pas un exposé. Un texte appris par cœur s’entend tout de suite. Parlez avec vos mots et appuyez-vous sur ce qui s’est vraiment passé pendant votre action.
Citez vos sources. « 22 % » sans source, ça ne vaut rien. « 22 % des présumés responsables d’accidents mortels, selon le bilan 2025 de l’ONISR » montre que vous maîtrisez votre sujet. Distinguez toujours les faits des opinions.
Préparez-vous aux questions. Les évaluateurs peuvent élargir le sujet. Si votre thème est l’alcool, attendez-vous à des questions sur le mélange alcool-stupéfiants, les sanctions en période probatoire ou les idées reçues. Relisez la sous-compétence C4c en détail.
Analysez votre pratique avec franchise. Dites ce qui a marché, ce qui a moins bien marché et ce que vous changeriez. Les retours du groupe (quiz, tour de table, questionnaire) vous donnent de la matière concrète.
Gérez votre stress. Respirez, parlez lentement, regardez vos interlocuteurs. Une posture calme et posée vous aide autant que le contenu.
L’action de sensibilisation ne s’arrête pas au diplôme. Une fois en poste, vous en animerez tout au long de votre carrière. Les compétences d’animation de groupe se travaillent aussi au CCP1 du Titre Pro ECSR, avec la séance collective de formation à la sécurité routière.
Retrouvez toutes les trames pédagogiques dans le GECASER : le guide de référence conçu par Denis Dugué, utilisé dans les centres de formation et par les enseignants en poste. Fiches pratiques, grilles d’évaluation, exercices types. Commander le GECASER →