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Évaluation de départ en auto-école : critères, grille et méthode pour le formateur

Évaluation de départ en auto-école

L’évaluation de départ est la première étape de toute formation au permis B. Pour l’élève, c’est un moment d’appréhension. Pour l’enseignant de la conduite, c’est un acte pédagogique qui conditionne la suite de la formation. Après 30 ans de formation BAFM, je constate que trop de formateurs la réduisent à un formulaire à remplir. C’est une erreur.

La loi l’impose avant la signature du contrat, mais elle ne dit pas comment la conduire. C’est au formateur de construire une évaluation sérieuse. Dans le GECASER B, je propose une fiche en 8 rubriques, menée en 1 heure environ, qui débouche sur un résultat chiffré et une proposition de volume d’heures. Voyons ce que disent les textes, puis comment la mener correctement.

Ce que la réglementation impose (et ce qu’elle n’impose pas)

L’article L. 213-2 du Code de la route est clair : le contrat d’enseignement de la conduite « est conclu après une évaluation préalable du candidat ». Pas d’évaluation, pas de contrat. C’est l’un des points de base de la réglementation des auto-écoles.

Le contenu du contrat est fixé par le décret n° 2020-142 du 20 février 2020 et par le contrat type de la catégorie B (arrêté du 29 mai 2020, modifié par l’arrêté du 11 octobre 2024). Concrètement, le contrat doit indiquer :

  • la date de l’évaluation et le moyen d’évaluation utilisé ;
  • le nom de l’évaluateur, missionné par l’école de conduite et titulaire d’une autorisation d’enseigner ;
  • le nombre prévisionnel d’heures de formation pratique établi à la suite de l’évaluation.

La fiche d’évaluation est annexée au contrat. L’élève repart donc avec une trace écrite de ce qui a été observé.

Ce que les textes ne fixent pas : la durée de l’évaluation, sa grille et son barème. Depuis la loi du 7 décembre 2020 (dite « ASAP »), l’article L. 213-2 n’exige plus non plus que l’évaluation se fasse dans le véhicule ou dans les locaux de l’école. Le contrat type demande seulement de préciser le moyen utilisé. La grille relève donc de la liberté pédagogique de l’enseignant. C’est justement là que la qualité du formateur fait la différence.

Dernier repère réglementaire à garder en tête au moment de proposer un volume : la formation pratique au permis B compte au minimum 20 heures de conduite (13 heures sur boîte automatique). Aucune estimation ne peut descendre en dessous.

Pour les futurs enseignants qui préparent le Titre Professionnel ECSR, l’évaluation de départ est la première mise en pratique d’une compétence du CCP1 du Titre Pro ECSR : évaluer le degré d’acquisition des compétences des apprenants.

Les 8 rubriques de la fiche d’évaluation de départ du GECASER

La fiche que je propose dans le GECASER B suit l’élève de l’accueil à la circulation. La plupart des rubriques se notent sur 3 niveaux : B (Bien), S (Satisfaisant) et F (Faible). Il y a des exceptions : les renseignements généraux ne sont pas notés, la connaissance du véhicule se note par oui ou non, et la direction du regard compte 4 niveaux. Certaines rubriques passent par l’entretien, d’autres par des exercices en véhicule ou sur simulateur.

1. Renseignements d’ordre général (entretien)

Cette première rubrique ne reçoit pas de note chiffrée, mais elle peut influencer la proposition finale. Le formateur recueille des informations sur l’âge, le niveau scolaire, la profession et la compréhension de la langue française. Un test de la vue est réalisé. En cas de déficience sensorielle ou motrice, une visite médicale peut être demandée.

Le point essentiel : ces questions se posent au cours d’une conversation naturelle, pas d’un interrogatoire. Certains élèves peuvent être gênés par une question trop directe. L’objectif est de les mettre en confiance dès les premières minutes.

2. Expérience de conduite (entretien, 5 minutes environ)

Le formateur évalue l’expérience antérieure avec 4 questions :

  • Permis existant : AM, A1, A2/A ? On retient le plus élevé. La possession d’un permis prouve quelques connaissances réglementaires
  • Durée de conduite antérieure : jamais conduit, moins de 5 heures, ou plus de 5 heures
  • Accompagnant : amis, parents ou auto-école. Si l’élève donne plusieurs réponses, on retient celle qui a duré le plus longtemps
  • Lieu de conduite : ville, route ou chemin

Astuce de formateur : si l’élève déclare avoir conduit plus de 5 heures mais ne sait pas répondre aux questions sur les circonstances de cette conduite, retenez la notation « moins de 5 heures ». Pour un élève qui n’a jamais conduit de voiture, demandez s’il utilise souvent un vélo, un cyclo, une moto ou un tracteur agricole.

3. Connaissance du véhicule (questions, 5 minutes environ)

Le formateur pose 3 questions sur chacun des 4 sujets : direction, boîte de vitesses, embrayage et freinage, soit 12 questions. Sur boîte automatique, on ne garde que la direction et le freinage, soit 6 questions.

Le niveau des questions s’adapte au profil de l’élève. Pour un candidat sans lien avec l’automobile, on posera des questions simples comme « Sur quelles roues agit le volant de direction ? » (réponse : les roues avant). Pour un élève qui travaille dans le secteur auto, on passera à des questions plus techniques sur l’angle de chasse, le parallélisme ou les synchroniseurs.

Notation : si l’élève répond à 2 ou 3 questions sur un sujet, on coche « oui ». S’il répond au mieux à 1 question, on coche « non ».

4. Attitudes face à l’apprentissage et la sécurité (entretien, 5 à 10 minutes)

C’est la rubrique la plus difficile à évaluer objectivement, mais aussi l’une des plus révélatrices. Le formateur engage un court entretien libre (sports, études, profession) et y glisse deux questions :

  1. « Le plus important pour bien conduire, est-ce de maîtriser la voiture et connaître le code, ou plutôt d’être capable de prévoir les difficultés et d’y faire face ? »
  2. « Avez-vous le désir d’apprendre à conduire, ou est-ce une nécessité, voire une corvée ? »

Vous pouvez reformuler ces questions. Ce qui compte, c’est de faire dire à l’élève ce qu’il pense de la conduite. Un élève qui voit la conduite comme une affaire de technique pure n’aura pas la même entrée en formation qu’un élève qui parle spontanément d’anticipation. Ce deuxième profil sera plus réceptif à l’approche par compétences du référentiel REMC et aux niveaux supérieurs de la matrice GDE. Faites participer l’élève à cette notation : c’est une bonne façon de poursuivre le dialogue.

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5. Habiletés (parking, piste ou simulateur, 10 minutes environ)

Trois exercices pratiques permettent d’évaluer la capacité de l’élève à acquérir rapidement les gestes de base :

a) Installation au poste de conduite

Le siège et les rétroviseurs sont volontairement déréglés. On observe la réaction spontanée de l’élève :

  • B : il règle siège, dossier, rétroviseurs et met la ceinture, dans l’ordre
  • S : il effectue les réglages sans respecter l’ordre, ou en omet un ou deux
  • F : il n’effectue aucune opération

b) Départ et arrêt

Le formateur, aux doubles commandes, effectue d’abord une démonstration commentée des 5 opérations pour démarrer et des 5 opérations pour s’arrêter (4 et 4 sur boîte automatique). L’élève effectue ensuite 5 départs-arrêts sans commentaire. On évalue le dosage de l’accélération, la maîtrise de l’embrayage et la souplesse de l’arrêt.

c) Manipulation du volant

L’élève réalise un slalom facile, avec dix inversions de direction au maximum. Le formateur gère les doubles commandes et le levier de vitesses : l’élève n’utilise que le volant. On évalue la coordination regard-gestes : le regard doit précéder les mouvements du volant.

6. Compréhension et mémoire

Ces capacités sont évaluées pendant les exercices d’habiletés :

  • Compréhension : combien d’explications ou de démonstrations ont été nécessaires pour les départs-arrêts ? Une seule = B, deux = S, trois = F
  • Mémoire : l’élève peut-il citer, dans l’ordre, les opérations pour démarrer et pour s’arrêter ? Aucune erreur = B, 1 ou 2 erreurs = S, plus de 2 erreurs = F

Conseil de formateur : attendez la fin de l’évaluation pour tester la mémoire. Vous ne vérifiez plus seulement la mémoire à court terme.

7. Perception en circulation (15 à 20 minutes)

C’est la phase la plus longue. L’élève est au volant, sur route et en ville, sur un parcours que le formateur a choisi à l’avance et qu’il connaît bien. L’élève dirige la voiture et utilise les clignotants, pieds à côté des pédales. Le formateur gère les doubles commandes. Quatre points sont évalués :

  • Trajectoire et gabarit : précision en ligne droite et en courbe, distances latérales dans les passages étroits
  • Observation de l’environnement : l’élève perçoit-il les indices formels importants ?
  • Sens de l’orientation : plusieurs fois au cours du parcours, il doit choisir sa direction selon la signalisation (sens interdit, rue barrée) ou les panneaux directionnels. Un clignotant oublié ou inversé compte comme une erreur de direction
  • Direction du regard : le regard est-il loin et mobile, ou proche et fixe ? L’élève regarde-t-il latéralement avant de traverser les intersections ?

La direction du regard se note sur 4 niveaux (B, F1, F2, F3) selon deux axes : distance du regard (loin ou proche) et mobilité (mobile ou fixe). Un regard loin et mobile est le meilleur indicateur d’une bonne aptitude perceptive.

8. Émotivité

Observée pendant toute la durée de l’évaluation, l’émotivité porte sur deux points :

  • Réactions émotives générales : apparentes au début puis qui s’atténuent (B), absentes (S), persistantes ou croissantes (F)
  • Crispation des gestes : absente (B), qui s’atténue (S), importante et persistante (F)

Un élève émotif au début n’est donc pas pénalisé si ses réactions s’atténuent au fil de l’heure. C’est un signe d’adaptation.

Calculer le résultat et proposer un volume d’heures

Sur la fiche du GECASER, chaque case cochée rapporte des points positifs ou négatifs (le niveau S compte zéro). Le formateur fait le total des points positifs, puis des points négatifs, et en tire un résultat final. Le barème ci-dessous est celui du GECASER B. Il est indicatif : l’enseignant reste libre de proposer un volume plus ou moins important selon ses pratiques.

Résultat final Interprétation Proposition indicative
Supérieur à +12 Bon Jamais moins de 20 heures de leçons de pratique, même pour les meilleurs
De -12 à +12 inclus Satisfaisant Volume moyen proche de 35 heures
Inférieur à -12 Faible Formation plus longue, proche de 40 heures

Ce tableau vaut pour des élèves de 16 à 25 ans. Au-delà, le GECASER conseille d’ajouter des heures : 5 à 10 heures entre 25 et 35 ans, 10 à 15 heures entre 35 et 45 ans, 15 à 20 heures au-delà de 45 ans.

Gardez aussi en tête ce que recouvre une « heure » de leçon. Le contrat type précise que la durée de la leçon pratique comprend l’accueil, la détermination de l’objectif, la leçon, l’évaluation et le bilan. Dans les faits, une heure de leçon ne donne donc pas plus de 45 à 50 minutes de conduite effective.

Le volume proposé reste une estimation. La durée réelle dépendra de la régularité des leçons, de l’investissement de l’élève et de la qualité de la pédagogie en véhicule.

La méthode d’entretien : ce que les formateurs oublient souvent

Après des années à former de futurs enseignants de la conduite, je peux l’affirmer : la qualité de l’entretien compte autant que la grille elle-même. Voici les erreurs que j’observe le plus souvent :

  • Remplir la fiche mécaniquement, sans vrai dialogue. Une évaluation bien faite ne consiste pas à remplir un imprimé. C’est un moment d’échange qui pose les bases de la relation formateur-élève.
  • Négliger la mise en confiance. Si le formateur ne sait pas observer l’élève et le rassurer, ses appréciations ne seront pas objectives, et le volume d’heures proposé non plus.
  • Présenter le résultat comme une note. L’élève l’attend souvent avec anxiété. Présentez-le comme une indication utile, jamais comme une réussite ou un échec.
  • Oublier d’impliquer l’élève. Le résultat final est l’occasion d’un vrai entretien. Revenez sur les exercices et posez-lui des questions : « Êtes-vous satisfait du test ? Quels sont vos points forts ? Vos points faibles ? Que redoutez-vous le plus ? »

Évaluation en voiture ou sur simulateur : les différences

Le contrat type demande d’indiquer le moyen d’évaluation utilisé, sans en imposer un. Dans la pratique, les auto-écoles utilisent surtout deux supports :

En véhicule (avec enseignant et doubles commandes) : c’est la méthode classique, celle pour laquelle la fiche du GECASER B est conçue. L’élève est en situation réelle dès la phase de perception (rubrique 7). Le formateur peut adapter son observation en temps réel et juger la qualité du regard en circulation. En contrepartie, elle mobilise un véhicule et un enseignant pendant une heure environ.

Sur simulateur ou sur logiciel : l’évaluation est standardisée et ne mobilise pas de véhicule. Le GECASER prévoit d’ailleurs que les exercices d’habiletés (rubrique 5) puissent se faire sur simulateur. En revanche, un simulateur ne remplace pas l’observation de l’élève dans la circulation réelle, avec ses vrais usagers et ses imprévus.

Dans les deux cas, la règle ne change pas : l’évaluation est faite avant le contrat, sous la responsabilité d’un enseignant titulaire de l’autorisation d’enseigner, et la fiche est annexée au contrat.

L’évaluation de départ dans le parcours de formation

L’évaluation de départ n’est pas un acte isolé. Elle ouvre une progression alignée sur le REMC (Référentiel pour l’Éducation à une Mobilité Citoyenne) et ses 4 compétences pour le permis B :

  1. Maîtriser le maniement du véhicule dans un trafic faible ou nul
  2. Appréhender la route et circuler dans des conditions normales
  3. Circuler dans des conditions difficiles et partager la route avec les autres usagers
  4. Pratiquer une conduite autonome, sûre et économique

Les résultats de l’évaluation aident le formateur à repérer les compétences qui demanderont le plus de travail et à adapter sa progression. Un élève à l’aise en perception mais faible en habiletés aura besoin de plus de temps sur la compétence 1 au début. Le REMC n’impose d’ailleurs pas d’ordre chronologique : l’enseignant organise les sous-compétences comme il l’entend.

Pour ceux qui envisagent de devenir enseignant de la conduite, savoir mener une évaluation de départ fait partie des gestes de métier à maîtriser dès les premières semaines en auto-école.

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denis dugué

Expert en formation à la conduite, j’ai conçu et rédigé plusieurs manuels de référence, dont le GECASER B et le GECASER 2 Roues, et contribué aux questions officielles du code de la route. Fondateur d’Activ Permis, j’ai développé des DVD et un site d’apprentissage en ligne : le code en ligne. J’ai collaboré avec les grands éditeurs (Codes Rousseau, Ediser, ENPC) et participé aux réformes de la formation avec le ministère des Transports. Formateur de moniteurs pour toutes catégories de véhicules, j’ai aussi mené des campagnes de sécurité routière.

Je suis le concepteur de l'application Permis.Fun, disponible sur iOS et sur Androïd.
Et j'ai créé le site jobautoecole.com pour mettre en relation les enseignant(e)s de la conduite et les exploitant(e)s auto-école.

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