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Évaluer un élève en conduite : bilans par compétence et grilles du formateur

Évaluer un élève en conduite

Savoir où en est un élève, c’est la base du travail de l’enseignant de la conduite. Pourtant, beaucoup de formateurs se contentent d’appréciations vagues : « ça avance », « il faut revoir les priorités ». L’élève ne sait pas ce qu’il lui reste à travailler, et le formateur non plus, au fond.

En 30 ans de formation d’enseignants, j’ai vu la différence que fait une évaluation construite. Elle repose sur trois choses : des critères précis, des moments prévus pour faire le point, et un élève qui participe à son propre bilan. Voici comment je l’organise, à partir du REMC et du GECASER.

Bilan de compétences : de quoi parle-t-on en auto-école ?

Le mot prête à confusion. Dans le monde du travail, le « bilan de compétences » désigne un dispositif d’orientation professionnelle. Rien à voir avec le permis.

Côté permis de conduire, l’expression a un sens précis : c’est l’épreuve pratique de l’examen elle-même. La fiche de précisions de la DSR sur l’entrée en vigueur du REMC le dit clairement : la procédure d’évaluation de l’épreuve pratique « consiste à réaliser un bilan de compétences des candidats ». Ce bilan, c’est l’inspecteur qui le réalise.

Avant d’en arriver là, l’enseignant fait le point plusieurs fois : l’évaluation de départ, le bilan de fin de chaque leçon, puis des bilans partiels à la fin de chaque compétence. C’est de ces évaluations-là, celles du formateur, que parle cet article.

Ce que fixe le cadre officiel : REMC et livret d’apprentissage

Le référentiel pour l’éducation à une mobilité citoyenne (REMC) a été publié par arrêté du 13 mai 2013 et s’applique depuis le 1er juillet 2014. Il a remplacé le programme national de formation de 1989, construit sur une logique d’objectifs. On ne coche plus des cases « vu / pas vu ». On regarde si l’élève sait mobiliser ce qu’il a appris dans une situation donnée.

Pour le permis B, le livret d’apprentissage décline 4 compétences :

  • Compétence 1 : maîtriser le maniement du véhicule dans un trafic faible ou nul ;
  • Compétence 2 : appréhender la route et circuler dans des conditions normales ;
  • Compétence 3 : circuler dans des conditions difficiles et partager la route avec les autres usagers ;
  • Compétence 4 : pratiquer une conduite autonome, sûre et économique.

Dans le GECASER B, ces 4 compétences sont détaillées en 32 sous-compétences : 9 pour la compétence 1, 7 pour la compétence 2, 9 pour la compétence 3 et 7 pour la compétence 4.

Grille de progression de la compétence 1 du permis B dans le GECASER : les 9 sous-compétences de C1a à C1i
Extrait du GECASER B, p. 26

Trois règles du cadre officiel changent la façon d’évaluer :

  • Pas d’ordre imposé. Les sous-compétences ne constituent pas une progression chronologique. Vous les traitez dans l’ordre qui convient à l’élève.
  • L’autoévaluation fait partie de la grille. Pour chaque compétence, le livret prévoit les dimensions pourquoi, comment, risques, influences de l’entourage, pressions de la société, et une colonne d’autoévaluation remplie par l’élève.
  • Les critères d’évaluation relèvent de l’enseignant. La DSR le précise : la détermination des critères d’évaluation et d’acquisition des compétences relève des professionnels, au titre de leur liberté pédagogique. C’est une liberté, mais aussi une responsabilité : il faut des critères solides.

Depuis le 1er janvier 2024, le livret d’apprentissage numérique est obligatoire pour tout élève qui débute la partie pratique de sa formation. Les élèves dont la demande de permis avait été validée avant cette date peuvent garder un livret papier. L’élève consulte son livret en ligne, ce qui l’aide à suivre sa propre progression.

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Construire ses critères d’évaluation avec le GECASER

Puisque les critères vous reviennent, autant ne pas les inventer à chaque élève. Dans le GECASER B, chaque sous-compétence suit 7 rubriques : Pourquoi, Comment, Risques, Influences, Pressions, Évaluations et Commentaire pédagogique. Les cinq premières reprennent les dimensions de la grille du livret. La rubrique Évaluations donne les critères.

Elle se découpe en deux parties :

  • Savoirs : les questions à poser pour vérifier que l’élève a compris pourquoi il fait ce qu’il fait ;
  • Savoir-faire : ce que l’élève doit être capable de réaliser, avec des conditions de réussite observables.

Prenons la sous-compétence C1d, « Démarrer et s’arrêter ». Côté savoirs, on demande par exemple à l’élève pourquoi il faut savoir remettre vite le moteur en marche après un calage. Côté savoir-faire, il doit notamment savoir démarrer en montée et en descente, et relancer le moteur après un calage provoqué par le formateur. Pour ces deux exercices, le critère est chiffré : trois exercices consécutifs réussis.

Rubrique Évaluations de la sous-compétence C1d Démarrer et s'arrêter : questions de savoirs et critères de savoir-faire
Extrait du GECASER B, p. 54

Ce critère dit tout de l’esprit de l’évaluation. Un démarrage en côte réussi une fois ne prouve rien. Trois réussites de suite montrent que le geste tient. Vous pouvez ensuite noter vos observations dans votre propre fiche de suivi, avec la date et les conditions (météo, trafic, parcours). Cela rend le bilan plus objectif.

Quand faire le point : de l’évaluation de départ au dernier bilan

L’évaluation de départ

Tout commence avant le contrat. L’article L. 213-2 du Code de la route impose une évaluation préalable du candidat avant la conclusion du contrat de formation. Dans le GECASER, la fiche d’évaluation de départ en auto-école dure une heure au total. Son résultat chiffré sert à proposer un volume de formation.

Un bon score n’autorise pas tout. Même pour les élèves les plus à l’aise, la formation pratique au permis B ne peut pas descendre sous 20 heures (13 heures en boîte automatique). Et un élève qui a déjà conduit arrive parfois avec des habitudes qu’il faudra corriger.

Le bilan de fin de leçon

Chaque leçon se termine par un bilan. Le contrat-type le prévoit : la durée d’une leçon comprend l’accueil, la détermination de l’objectif, la leçon, l’évaluation et le bilan. Le GECASER en tire une conséquence pratique : une heure de conduite ne dépasse pas en réalité 45 à 50 minutes de conduite effective.

Ce bilan de quelques minutes suffit si vous le faites bien :

  1. Demandez d’abord à l’élève comment il juge sa séance (autoévaluation) ;
  2. Donnez ensuite votre appréciation, à partir des critères de la sous-compétence travaillée ;
  3. Mettez à jour le livret et votre fiche de suivi ;
  4. Fixez avec l’élève les 2 ou 3 points à travailler à la prochaine leçon.

Les bilans partiels, compétence par compétence

Le REMC n’oblige pas à évaluer d’un bloc toutes les sous-compétences d’une compétence. Le GECASER conseille pourtant un bilan à la fin de chacune. Pour moi, c’est « un acte de formation important », pour deux raisons. L’élève place un repère concret sur sa progression. Et il s’habitue dès maintenant au stress de l’évaluation.

Le principe : des exercices ou des situations qui mélangent les sous-compétences de la compétence, sur une durée qui augmente.

Bilan Durée indicative Cadre Exemples de points observés
Compétence 1 Une dizaine de minutes Terrain où le trafic est faible ou nul Démarrer sans caler, changer de vitesse sans regarder le levier, s’arrêter à l’endroit indiqué
Compétence 2 Une quinzaine de minutes Route ou agglomération, circulation normale Contrôler vers l’arrière avant de ralentir, franchir les différents régimes d’intersection, les giratoires
Compétence 3 Une vingtaine de minutes En et hors agglomération dense, trafic plutôt difficile Garder les distances de sécurité, croiser et dépasser, tenir compte des piétons et cyclistes
Compétence 4 Une trentaine de minutes Itinéraire préparé et suivi par l’élève lui-même Suivre l’itinéraire seul, utiliser régulateur et limiteur, pratiquer l’écoconduite

Dans ces bilans, l’élève commente ce qu’il fait ou ce qu’il perçoit. La conduite commentée en leçon devient alors un outil d’évaluation : vous entendez sa prise d’information, pas seulement ses gestes. Le bilan de la compétence 4 inclut l’enseignement de l’écoconduite et quelques questions sur l’accident, l’entretien ou les longs trajets.

Le dernier bilan avant l’examen

Le bilan de la compétence 4 est normalement le dernier bilan de formation. Il précède le bilan de compétences mené par l’inspecteur en formation traditionnelle. En apprentissage anticipé, il précède le rendez-vous préalable avec les accompagnateurs : le rôle de l’enseignant en conduite accompagnée commence là.

Les erreurs fréquentes chez les futurs enseignants

« Évaluer le degré d’acquisition des compétences des apprenants » fait partie des compétences attestées par le premier bloc du titre professionnel, celui du CCP1 du Titre Pro ECSR. En formation, au CCP1 comme au CCP2 du titre professionnel, je retrouve souvent les mêmes erreurs :

  • Valider trop tôt : déclarer une sous-compétence acquise sur un seul exercice réussi. Le critère des trois réussites consécutives du GECASER est là pour l’éviter.
  • Confondre geste et compétence : un élève qui tourne bien le volant n’a pas forcément acquis la trajectoire. La compétence suppose de s’adapter à la situation.
  • Rester en bas de la matrice GDE : n’évaluer que la technique, sans parler des risques, des influences ni des pressions. Les niveaux supérieurs de la matrice GDE et ses 5 niveaux font partie de la formation et de la grille du livret.
  • Laisser l’élève hors du bilan : le bilan n’est pas un verdict rendu seul. Demandez d’abord « Comment tu te sens sur les priorités à droite ? », puis donnez votre avis.

Adapter la suite de la formation au résultat du bilan

Un bilan ne sert à rien s’il ne change pas la leçon suivante. Trois cas reviennent souvent.

L’élève n’y arrive pas du tout : revenez aux fondamentaux. Reprenez le « Pourquoi » de la sous-compétence et découpez la tâche en étapes simples. Le blocage vient souvent d’un manque de compréhension, pas d’un manque de pratique.

L’élève réussit à l’exercice mais pas en circulation : il fait le créneau sur le parking, pas dans la rue. C’est la prise en compte de l’environnement ou la gestion du stress qui coince. Variez les conditions et travaillez l’anticipation. La trame de pédagogie sur véhicule aide à construire ces séances.

Tout est acquis sauf une sous-compétence : concentrez les leçons sur ce point. Inutile de reprendre ce qui tient. L’élève gagne du temps et de l’argent.

Comme le REMC n’impose aucun ordre, c’est le bilan qui vous dit quoi travailler ensuite. Le sommaire détaillé du GECASER montre où trouver, pour chacune des 32 sous-compétences, les critères et les exercices qui vont avec.

Côté élève, le bilan prend tout son sens quand il sait comment il sera noté le jour de l’examen. Vous pouvez lui partager la grille d’évaluation du permis expliquée simplement : les 5 compétences, les 31 points et les erreurs éliminatoires.

Retrouvez toutes les trames pédagogiques dans le GECASER : le guide de référence conçu par Denis Dugué, utilisé dans les centres de formation et par les enseignants en poste. Fiches pratiques, grilles d’évaluation, exercices types. Commander le GECASER →

denis dugué

Expert en formation à la conduite, j’ai conçu et rédigé plusieurs manuels de référence, dont le GECASER B et le GECASER 2 Roues, et contribué aux questions officielles du code de la route. Fondateur d’Activ Permis, j’ai développé des DVD et un site d’apprentissage en ligne : le code en ligne. J’ai collaboré avec les grands éditeurs (Codes Rousseau, Ediser, ENPC) et participé aux réformes de la formation avec le ministère des Transports. Formateur de moniteurs pour toutes catégories de véhicules, j’ai aussi mené des campagnes de sécurité routière.

Je suis le concepteur de l'application Permis.Fun, disponible sur iOS et sur Androïd.
Et j'ai créé le site jobautoecole.com pour mettre en relation les enseignant(e)s de la conduite et les exploitant(e)s auto-école.

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