Le débat sur le positionnement professionnel est récurrent dans notre métier.
Certains acteurs souhaiteraient être reconnus comme des enseignants à part entière, à l’instar des enseignants de l’Éducation Nationale, alors que d’autres n’ont pas d’autre ambition que d’être des moniteurs ou monitrices auto-écoles. Comment expliquer ce phénomène ?
On peut trouver différentes raisons, que je vais essayer d’explorer : tout d’abord par l’historique des diplômes de la profession, puis par les différences de niveaux de diplômes dans l’enseignement, et enfin par une analyse confirmée par l’intelligence artificielle.
Histoire du diplôme d’enseignant de la conduite :
- Le premier diplôme est le certificat d’aptitude professionnelle et pédagogique (CAPP), institués par le décret n° 58-1217 du 15 décembre 1958 – dans ce décret : Art. R. 213. — Il est créé un titre de moniteur d ’enseignement de conduite des véhicules à moteur sanctionné par un certificat d’aptitude professionnelle et pédagogique. On voit bien que l’appellation de moniteur est ici mise en avant. C’est historiquement le premier terme employé pour ce métier.
- Le deuxième diplôme est le certificat d’aptitude professionnelle à l’enseignement de la conduite des véhicules terrestres à moteur (CAPEC), institué par le décret n° 79-673 du 2 août 1979 – dans ce décret : Art. R. 243. — Il est créé un certificat d’aptitude professionnelle à l’enseignement de la conduite des véhicules terrestres à moteur de la catégorie B, F (B) (C. A. P. E. C.). A partir des années 1980, on peut remarquer que l’appellation de « moniteur » a déjà disparu, au profit de la terminologie d’enseignement.
- Le troisième diplôme est le brevet pour l’exercice de la profession d ’enseignant de la conduite automobile et de la sécurité routière (BEPECASER), institué par le décret n° 86-1217 du 24 novembre 1986 – dans ce décret, on distingue la continuité de vocabulaire orienté vers le terme d’enseignant (profession d’enseignant) renforçant ainsi la différence avec la notion de moniteur. Ce diplôme va subir quelques modifications (en 1991 puis en 2009), sans modifier toutefois son appellation.
- Le quatrième diplôme, toujours actif à ce jour, est le titre professionnel d’enseignant de la conduite et de la sécurité routière (TP ECSR), institué par le décret n° 2016-381 du 30 mars 2016, qui conserve également l’appellation d’enseignant.
Depuis donc maintenant plus de 40 ans, le terme d’enseignant est officiellement utilisé. Mais en parallèle, le diplôme le plus élevé de la profession, le BAFM (Brevet d’Aptitude à la Formation des Moniteurs), créé en 1971, n’a lui évolué que très récemment, vers le TFP FMESR (Titre à Finalité Professionnelle de Formateur aux Métiers de l’Éducation et de la Sécurité Routière), institué par l’arrêté du 28 janvier 2021 qui abroge le BAFM. Ce délai très décalé d’évolution du diplôme supérieur de la profession par rapport au diplôme de base peut expliquer en partie le fait de conserver le terme de moniteur dans le langage courant. De plus, et c’est regrettable, le nouveau titre garde la lettre M dans le sigle, qui peut rendre confus sa signification (Métiers au lieu de Moniteur). Il eut été plus judicieux d’intituler le nouveau titre le TFP FECSR.
Niveaux de diplôme entre l’enseignant de la conduite et l’enseignant dans l’Éducation Nationale :
- Un enseignant de la conduite automobile, grâce à la revalorisation instaurée par le TP ECSR, est désormais reconnu à Bac + 2 (Niveau 5 nouvelle nomenclature – anciennement niveau III).
- Cela reste loin du niveau de diplôme requis pour être enseignant dans l’Éducation Nationale : le prérequis pour accéder au métier, c’est d’avoir une licence (ou diplôme équivalent) permettant ensuite de poursuivre un master métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF), à l’issue duquel se déroulent les concours de recrutement des enseignants. Le niveau final est donc Bac + 5 (Niveau 7 nouvelle nomenclature – anciennement niveau I).
Cette différence importante de niveau d’études peut donc expliquer le fait que les enseignant(e)s de la conduite automobile ont un peu de mal à s’approprier ce terme, ne se sentant pas légitime à l’utiliser. Certains d’entre eux, pour ne pas dire la plupart, leur préfèrent le terme de monitrice ou moniteur.
Enfin, lorsqu’on pose cette question à l’intelligence artificielle (ChatGPT) : Quelle est la différence entre un enseignant de la conduite automobile et de la sécurité routière et un moniteur auto-école ? La réponse de l’IA est la suivante :
Terme officiel vs. langage courant
- Enseignant de la conduite automobile et de la sécurité routière : c’est l’appellation officielle du métier, reconnue par les textes réglementaires, les référentiels de formation (comme le TP ECSR), les fiches ROME de Pôle Emploi, etc. Elle reflète le fait que ce professionnel :
- n’enseigne pas uniquement la conduite, mais aussi la sécurité routière,
- peut intervenir dans différents contextes (auto-écoles, entreprises, établissements scolaires, actions de sensibilisation…).
- Moniteur auto-école : c’est le terme populaire, plus ancien, utilisé couramment par le grand public. Il désigne la même profession, mais avec une vision plus restreinte :
- centrée uniquement sur la conduite,
- et souvent limitée à l’enseignement en auto-école.
- L’enseignant de la conduite et de la sécurité routière peut :
- Former des candidats aux permis (auto, moto, poids lourd, etc.),
- Mener des actions de prévention routière dans les écoles, entreprises, collectivités,
- Animer des stages de sensibilisation à la sécurité routière (post-permis),
- Participer à la formation professionnelle (ex : transport routier, conduite accompagnée en entreprise…).
- Le moniteur auto-école, dans l’imaginaire collectif, est souvent limité à :
- L’enseignement de la conduite automobile (voiture),
- Dans le cadre strict d’un établissement d’enseignement de la conduite (auto-école).
Difficile donc, au regard de ces différentes analyses, de réussir à faire imposer l’appellation d’enseignant de la conduite automobile au détriment de celle de moniteur auto-école. Et même dans les recherches d’emploi, voire dans les résultats de recherche sur les moteurs Internet (type Google), ce constat identique peut être effectué.
Et pourtant, lorsqu’on regarde le programme du TP ECSR, et de la masse de travail qui surprend toujours les stagiaires, nous n’avons pas à rougir de la vraie compétence d’enseignant(e) qui en ressort à l’issue de la formation.


